If the Earth would made of gold, Men would kill for a handful of dirt.
Le whiskey est sur la table. (Du Lipton yellow dans une fiasque de Jack’s Daniel)
Les Smith & Wesson dessous. (Des pistolets à bouchon)
Les dossiers des chaises, tout contre. Retournés. Pour se cramponner au jeu. A califourchon.
Il ne manque rien ?
Si, les chiques de tabac ! Eh le kid ! Aboule-toi avec ton sac de carambar !
Après l’Extrême-Orient et le soleil levant, voici qu’il nous descend de la montagne à cheval, El Bruno. Direction : Dice Town, dans les plaines du wild wild West. Avec dans sa sacoche de selle, un jeu de dés.
Par les temps qui courent, les dés sont à l’honneur. Voyez le télécospage au niveau sortie avec Yaslam.
Bon, autant dire les choses sans détour, Dice Town est un excellent jeu.
Il est certainement le rejeton le plus fun de tous les jeux en filiation directe avec l’illustre ancêtre Morgenland.
Morgenland est l’un de mes jeux préférés. Un chef-oeuvre auquel on ne rend pas suffisamment hommage lorsque l’on s’extasie, ici ou là, sur sa progéniture. Les Cayluslike et consorts. Alors même que Richard Breese jetait déjà les bases de ce système au tournant du millénaire. C’est vous dire ! Un système que Faidutti a dénommé la route et que personnellement je vois, moi, comme un chemin de croix avec ses stations. Pour une passion non pas christique mais ludique. Mais je m’égare.
J’en étais donc à cette histoire de filiation entre Dice Town et Morgenland. Dans l’un comme dans l’autre, on se dispute en effet des emplacements pour ce qu’ils rapportent. Phase suivie d’une seconde, celle de la récolte selon un ordre déterminé et invariable. Là où dans Morgenland le parcours a lieu de bas en haut, à partir du monde souterrain des dragons jusqu’au palais du calife, dans Dice Town la ville se découvre en panoramique. En Cinemascope suis-je tenté de dire. On balaie la rue poussiéreuse de la localité d’un travelling qui démarre à la mine d’or et s’achève dans l’officine du doc. D’autres similarités confortent encore la parenté entre les deux jeux : primo, les cartes general store pendant des cartes sortilège dans Morgenland, deuzio le sherif, qui dans sa fonction de résolution des égalités, rappelle indéniablement le chameau, même si les auteurs ont investi notre officier d’un pouvoir de police élargi puisqu’il tranche non pas seulement les situations qui le concernent mais aussi les litiges externes - ce qui ouvre sur une possible corruption du personnage. Là dessus, comme au niveau du mécanisme d’attribution des emplacement, un yams-poker à Dice Town versus une enchère à l’aveugle dans Morgenland, nos auteurs présents font mieux que réciter leur gammes et dépassent le modèle en termes d’adéquation entre thème et système de jeu. La phase ou l’on roule les dés est, à cet égard, un summum. On relève les gobelets lentement en s’épiant du coin de l’oeil, ambiance tripot, car les risques de triche sont réels, c’est un fait, mais cela loin de constituer un défaut n’accentue que plus encore l’immersion.
Ma stratégie, pour l’heure, est assez basique. J’aime tirer un max de dames (faut du Q) pour squatter le saloon et enfiler les habits du taulier qui dépêche ses girls à la racole aux michetons. Et aux titres de propriété. Le sherif véreux est pas mal non plus pour se faire graisser la patte.
Ma seule réserve sur le jeu, elle vient du matériel. Illustrations, cartes... non, non tout est bien foutu à l’exception des gobelets qui font un peu pique-nique (c’est le rôle des girls ça ?).
Mais rien n’empêche de customiser sa version avec des vrais en croute de cuir qui fleurent bon le vacher.
Immoral et familial à la fois, Dice Town est hautement recommandable.