Pas d'extra
Ad Astra est un bon jeu, tout public, presque familial avec des enfants entre 10 et 12 ans, au joli matériel. On ouvre la boîte, on a envie d'y jouer, de partir à la découverte de l'espaaaaaace. On programme, on planifie, on explore, on exploite, on construit, on ne tape pas sur le voisin, et en deux heures ce mix agréable de Colons de Catane et de Race for the Galaxy est bouclé. Ce ne sera pas un mauvais achat/cadeau, le jeu reviendra certainement et régulièrement sur votre table.
Ceci dit, il y a quelques points qui déçoivent :
la programmation est bien pensée, mais l'exercice est vain. certes, on essaye d'anticiper ce que vont faire les autres et d'en profiter, tout en faisant soi-même quelque chose sans que les autres en profitent trop. C'est surtout valable au début, quand les ressources sont éparpillées. Dès le milieu de jeu, tout le monde gagne à peu près la même chose et les différences sont lissées par les échanges. On peut généralement à peu près tous construire ou voyager, grosso modo, à la fin du tour de jeu, chacun aura pu faire ce qu'il voulait. Et la programmation perd donc de son intérêt, parce que l'anticipation n'a que peu de sens au regard de la longueur et d'un certain autisme de cette phase de jeu. Pour redonner l'aspect stratégique, cela vaudrait peut-être la peine de penser à une variante, qui ferait révéler (sans les exécuter) les premières cartes de programmation avant de poser les troisième, et les deuxièmes avant de poser les quatrièmes dans une partie à trois joueurs.
le choix a été fait d'un jeu à l'allemande, sans bataille, évidemment plus Star Trek que Star Wars. C'est tout à fait honorable, même si la dimension space opera laisse espérer des déflagrations stellaires et qu'à l'ouverture de la boîte, les terraformers donnent une méchante envie d'Etoiles noires. Mais c'est un peu dommage, l'option devrait être laissée, au moins, d'un mouvement menant au blocus d'un système pour en bloquer la production, quitte à en rendre le coût élevé (et là je pense à l'excellent Méditerranée, qui est un jeu de commerce et de baston, mais ou trop de baston ruine à coup sûr joueur et espoirs de victoire), au moins pour avoir une option de casser les effets win-to-win du jeu.
enfin, ce que j'apprécie chez B. Faidutti, c'est le côté chaotique de ces jeux (parfois trop, certes). Or, là, rien. Rien de rien. L'espace, c'est tranquille et dégagé comme une nappe blanche. Il y a bien les cartes aliens (mais elles ne sortent pas très souvent). On aurait aimé avoir quelques cartes événements, découverte de nouveaux systèmes, explosion de super-nova, trou noir, le genre de choses qui n'alourdissent pas les règles et qui auraient pu apparaître systématiquement à chaque scoring, ou à chaque scoring "systèmes" par exemple.
En conclusion donc : un bon jeu qui ne décevra pas mais qui laisse un goût d'inachevé, de peut mieux faire, et plus interactif, avec le même matos et les mêmes règles ou presque, en restant dans le même créneau et sans verser dans les monstruosités du style Twilight Imperium. Bien mais dommage, Ad astra manque d'extra.