Où est passé Alexandre ?
Comme à chaque fois avec les créations de Leo Colovini, on se fait avoir. Alexandros, un jeu sur la conquête par Alexandre le Grand de l'Empire Perse ? En s'appuyant sur une épopée aussi forte, le jeu aurait pu être fantastique. Mais évidemment, ici comme dans Clans par exemple, il s'agit qu'un jeu abstrait déguisé.
On en prend conscience très tôt, dès l'ouverture du plateau. Défigurée par un réseau très laid de cases triangulaires, l'Asie mineure n'est en fait qu'un espace abstrait, sans vie, découpé par les déplacements erratiques du pion censé représenter Alexandre le Grand. Ce que font les joueurs autour de la table n'a aucun rapport avec ce à quoi fait référence le jeu. Autrement dit, le thème d'Alexandros est bel et bien plaqué.
La mécanique du jeu repose essentiellement sur un système de cartes qu'il faut collectionner pour prendre le contrôle de régions artificielles sans nom ni histoire. C'est en cela qu'Alexandros rejoint les créations d'Alan R. Moon. Mais au-delà des jeux de l'auteur de Les Aventuriers du Rail, c'est dans le Rami que Colovini a puisé son inspiration. Implacablement, on retrouve donc une part de hasard non négligeable, ce qui a tendance à agacer.
Il s'agit bien souvent de gérer au mieux la situation avec les seules cartes qu'on a en main. La dimension stratégique est absente, et la dimension tactique fortement encadrée par le tirage des cartes. Mais, mise à part les cartes, il reste une certaine originalité des mécanismes, ce qui fait que le jeu est relativement difficile à appréhender dans les premières parties et ce qui rend encore plus aigu le problème de l'abstraction thématique.