Archipels à gogo !!
Archipelago est sans aucun doute le meilleur jeu de gestion qui soit paru jusqu'alors dans nombre de domaines.
Tout d'abord, la couverture aux couleurs chatoyantes plaque le thème dans son plus bel aspect. Ensuite, tout le matériel est de superbe facture hormis peut-être le thermoformage mal adapté aux jetons explorateurs ainsi que la partie séparée de celui-ci trop peu solide pour accueillir les hexagones mais ce sera là ma seule critique étant donné leur beauté indéniable alliant l'utile (icônes ressources, différents types de terrains,...) à l'agréable (les petites huttes pour déterminer le nombre de chômeurs sont une excellente idée même si dès fois où trop subtiles ou dispersées, elles laissent passer des erreurs au point où il est parfois plus simple de faire le calcul 5 - le nombre de ressources pour en connaître leur nombre, dommage...). Histoire d'être vraiment tatillon, on ne peut que regretter la taille des pièces de monnaie difficilement manipulables, les paravents à peine plus épais qu'une feuille de papier qui au bout de plusieurs dizaines de parties ne tiennent tout simplement plus, le rangement des tuiles constructions ou enfin les cartes évolutions sleevées (pardonnez moi l'anglicisme) qui ne tiennent plus (il faudra attendre l'extension guerre et paix pour qu'elles soient pourvues de leur propre thermoformage et qu'elles tiennent bien droites). Tout ceci est de l'ordre du nano-détail ; la beauté globale efface absolument tout ces petits points noirs.
Pour finir ce tour d'horizon du matériel, les quatre plateaux supplémentaires sont très bien conçus, il en est de même pour la roue des actions réversible, la piste d'évolution, les objectifs, les tendances et enfin les règles qui sont un grand format donc belles lisibles et complètes (aucune question n'est restée jusque là sans réponse et le petit index à la fin est très bien pensé). Bref, pour 60€, c'est un véritable tour de force éditorial que nous propose Ludically accompagné par pas moins de 3 illustrateurs dont leur style ne dénote nullement.
Un grand jeu part pour moi d'un thème fort. Et Archipelago en est le plus flagrant exemple. Je ne vais pas vous dire que ce jeu est simple car ce serait lui enlever de son génie. Oui, vos premiers coups seront balbutiants. Oui, vos premières parties jonchées d'erreurs. Oui, vous retournerez dans le livret de règles souvent. Mais après une dizaine de parties, tout coulera de sens puisque tout suit un fil conducteur logique, mathématique et historique. La grande originalité de ce jeu, le vrai plus, le sel est qu'il puisse y avoir un félon entre nous. À chaque tour, vous devrez nourrir vos colons, éviter une révolte, faire attention au chômage, résoudre des crises, explorer le monde nouveau, inventer des progrès, faire du commerce avec l'occident, copuler, taxer... À chaque partie vous vous raconterez une histoire. La fin du jeu peut arriver n'importe quand car elle est déclenchée par l'objectif (plus ou moins long car ce jeu propose en prime trois durées de partie différentes) d'un joueur qu'il garde secret ; pensez d'ailleurs à consulter vos conditions de fin de partie fonctions du nombre de joueurs régulièrement pour le pas louper le coche car même si ce n'est pas votre tour vous abattez votre carte et la partie s'achève instantanément. Vous devrez essayer de remplir votre objectif tout en faisant tendre la partie vers sa fin, essayer de deviner les objectifs des autres, ne pas provoquer une révolte auquel cas tous les joueurs auraient perdus à moins que ce soit glissé dans leurs rangs ce salop d'indépendantiste qui mettraient les grandes puissances devant leur fait accompli et gagnerait seul.
En outre, les phases s'enchaînent dans une grande fluidité, vos tours sont rapides, la mécanique bien huilée. Les cartes évolution accélèrent votre développement fortement au même titre que vos actions qui augmentent. L’interactivité entre les joueurs reste très forte grâce à la taille réduite de l'archipel, grâce au fait que l'on puisse activer une carte appartenant à son voisin (pas toujours, mais dans la majeure partie du temps), le fait que l'on gagne des points sur les objectifs des autres, que l'on puisse librement magouiller. La ville permet aussi de s'affirmer chez soi n'importe où. La phase pour nourrir la population est une vraie foire d'empoigne entre "Pour que je te réveille, tu me donnes combien ?" et "Je donne rien, j'ai plus rien." sinon, on peut vraiment s'amuser à calculer chaque déplacement, chaque sou. Petite astuce en passant : gardez toujours un peu de monnaie sinon vous serez bloqué car le marché et le port demande un sou pour pouvoir les activer.
Archipelago est un jeu exigeant dans lequel votre cerveau ne sera jamais en reste dans une optimisation constante alliée à une grande dose de stratégie, d'opportunisme et bien entendu de diplomatie. Ce propos me fait penser a un petit exemple vécu comme une torture par certains joueurs : le fait de pouvoir rater une action exploration. Certes, dans un jeu où vos actions sont rares, en perdre une bêtement pour une question de "chance" peut être déroutant mais ce choix est induit du thème et d'ailleurs, votre cas n'est pas désespéré puisque vous avez le choix de rejeter la tuile supérieure de la pile d'exploration à vos risques et périls... Cet aspect n'est en aucun cas un moins pour moi mais au contraire un vrai plus thématique pour se mettre dans la peau de véritables explorateurs. La limitation de la réalisation de certaines actions place ce chef-d'oeuvre dans un réel cran supérieur à bon nombre de jeux actuels où, produits "à la chaîne", les détails, précisions sont bâclés. Ici, on ressent un vrai travail de longue haleine pour permettre un sans faute.
Je crois que vous aurez compris que j'adore ce jeu à travers cet avis peut-être un peu long mais complet. Archipelago est le n°1 de tous les temps du top de toujours du mieux. Cependant, il n'est pas exempt de défauts comme certaines longueurs qui peuvent s'installer en partie longue ou des parties qui ne durent qu'un tour car on n'a pas fait attention (en effet, au bout de quelques parties, on comprend l'importance vitale des abbayes), mais tout cela, ce sont les joueurs qui le provoquent. Plus on y joue, plus on l'apprécie étant donné le nombre d'objectifs, de tendances, d'hexagones et de cartes : sa rejouabilité est quasi infinie. Un grand BRAVO à Christophe Boelinger, meilleur auteur de jeu de société de mon point de vue !