Un jeu qui fait suer jusqu'à la dernière tuile !
Attika est un jeu de placement astucieux qui présente une caractéristique qui me plaît particulièrement : la nécessité d'optimiser ses poses pour aller plus vite que les autres. L'optimisation est une de mes caractéristiques favorites dans les jeux, et c'est ce qu'est en bonne partie Attika.
Chaque tuile représente un bâtiment et son coût associé. Un coût qu'il vous faudra payer, et qui s'avère généralement très élevé, vous forçant à piocher inlassablement des cartes. Du moins lorsqu'on a pas encore lu la règle. Mais une fois compris les règles d'obtention d'une bâtiment gratuit commence alors une longue investigation des possibilités et nécessités imposées par le plateau de jeu, sur lequel vous n'êtes pas tout seul.
Dois-je laisser cet emplacement vide afin de pouvoir profiter de la dernière place libre autour de ce bâtiment pour en placer un gratuitement dans le futur, ou dois-je plutôt m'y poser immédiatement afin de laisser moins de place à l'adversaire pour linker ses propres bâtiments ? Et lui là, il croit qu'il va traverser le plateau impunément ? Et paf, comme ça je bloque les deux. Ca m'arrange pas tellement non plus, mais j'espère bien que ça les arrange encore moins. En plus comme ça je me réserve toute cette zone pour mon seul usage, niark niark ni... mais que ? Pourquoi il rajoute une tuile l'autre là ? Hey ! C'est chez moi ici. On aime pas trop les gens dans votre genre par chez nous !
Attika, c'est un dilemme permanent entre favoriser sa propre civilisation et défavoriser celle des autres. C'est un dilemme également entre bloquer un adversaire tout de suite ou lui planter sa stratégie au dernier moment, en espérant que son plan B ne soit pas trop solide. C'est un dilemme aussi entre s'exprimer sur ce que les autres devraient faire pour se bloquer entre eux, au risque d'attirer l'attention sur soi. C'est, enfin, un dilemme constant entre piocher plus de tuiles, peut-être très bonne, peut-être complètement à l'ouest, ou poser celles qu'on a déjà, même si c'est pas super-combo.
On reproche souvent à ce jeu d'être un jeu de hasard. Et effectivement, comme tout jeu à information incomplète, c'est à dire comme 99% des jeux, il y a du hasard. On s'en plaindrait si celui-ci était déterminant pour la victoire, mais c'est rarement le cas. Etant donné la quantité de tuiles que chaque joueur doit poser et le nombre de possibilités pour poser chacune d'entre elles, il est quasiment impossible qu'un joueur pioche dans le bon ordre les tuiles qu'il lui faut - premier coup de bol incroyable -, et les dépose gratuitement sur le plateau - deuxième coup de bol invraisemblable -, et sans que personne n'y mette le holà - faut arrêter de jouer seul contre des huîtres là monsieur.
A la table, chaque joueur à ses chances, débutant comme pro. Le hasard ? En partie, évidemment. Mais si le tirage vous déplaît, rien ne vous empêche de stocker des tas de tuiles sur votre plateau pour les poser au dernier moment devant la tronche déconfite de votre adversaire le plus avancé afin de lui bloquer ses meilleurs mouvements, le forçant ainsi à revoir sa stratégie de fond en comble. Et pendant qu'il médite sur le revers qu'il vient de se prendre, vous avez le champ libre. Montrez que vous avez un plan B plus solide, et vous vous en sortirez sans perdre votre dignité.
Attika fonctionne bien à deux joueurs. Et à trois joueurs. Ainsi qu'à quatre joueurs. Rien n'est jamais définitivement perdu dans une partie. N'est-ce pas déjà assez exceptionnel en soi ?