Paradisiaque Casse-Tête
Stefan Feld s’est surpassé avec ce jeu. Surpassé dans la complexité, car les jeux de cet auteur ne sont pas réputés pour être les plus épurés, et la bête est bien difficile à maîtriser. Surpassé aussi dans le design, car les couleurs tranchées de Bora Bora détonnent singulièrement avec son best seller que sont les Châteaux de Bourgogne.
Une partie de Bora Bora se déroule en 6 manches, elles-mêmes divisées en 3 phases (A/B/C)
Lors de la phase A, chaque joueur sélectionne une des actions disponibles (4 à 6 actions en fonction du nombre de joueurs) au moyen d’un dé (chaque joueur en a 3) ; la force du dé placé détermine l’intensité de l’action disponible ; je peux jouer en 2ème, voire en 3ème si je place un dé rigoureusement inférieur au dé déjà placé. De là, j’ai le choix entre jouer un 6 et accomplir une action puissante ou jouer un 1 et bloquer l’accès de la case à mes adversaires. Très malin.
En phase B, nous activons le pouvoir des hommes et des femmes que l’on aura précédemment « recrutés » via une certaine action en phase A. Cette activation est possible à chaque phase B ; elle permet principalement de récolter des coquillages (monnaie du jeu) ou des tatouages (qui permettent de gagner des points de victoire et influencent l’ordre du tour suivant) ; c’est en quelque sorte la phase de revenus.
En phase C, qui est la phase de marque, nous récoltons le fruit de nos placements et avantages acquis en phases A et B ; ainsi, le 1er sur la piste des tatouages (appelée piste des statuts dans la règle) récolte le plus grand nombre de points et devient 1er joueur, le plus avancé sur la piste des prêtres reçoit une tuile Dieu – une sorte de joker universel-, des bonus de construction sont octroyés à ceux qui auront réalisé un bâtiment sur l’archipel, enfin le 1er dans le nouvel ordre du tour peut sélectionner au marché des tuiles à acheter contre coquillages ; ces tuiles procurent des points de victoire en fin de partie.
Il faudra aussi vérifier à avoir satisfait un des objectifs tirés au hasard au début de la partie, sinon on marque 0 et on défausse et remplace l’un d’entre eux.
Des petits bonus (cartes Dieu et actions feu) vous permettront de faire quelques entorses aux règles pour réaliser une meilleure action ou pouvoir rejouer sur une case bloquée (phase A), atteindre un objectif à moindre coût (phase C), activer une tuile en doublant ses avantages ou deux tuiles différentes 2 fois (en phase B)
Comme à l’habitude chez Feld, les échelles de score sont très nombreuses : piste des statuts, temple, marché, construction, tuiles poissons etc. Tout est imbriqué ici : si je ne recrute pas en phase A, je n’activerai rien en phase B ; si je n’ai pas assez de coquillage ou que je néglige l’ordre du tour, impossible d’acheter quoi que ce soit au marché en phase C ; si je construis rapidement des huttes sur l’archipel, je pourrai recruter plus de personnages mais je vais me faire déloger ensuite et je ne vais pas remporter les bonus poissons de fin de partie; tout cela sans oublier que je dois tenir au moins un des objectifs imposés en fin de manche.
Bora Bora est donc un jeu extrêmement touffu ; c’est un bon challenge pour les neurones, fort comparable à Trajan dans son niveau de complexité même si les expériences de jeu sont différentes. Ne pas se fier aux couleurs criardes : ce n’est clairement pas un jeu pour débutant !!