Byzantium ergo sum
Wallace a osé faire un jeu de gestion historique, épique et combatif au risque de méprendre et de décevoir à la fois les fans de gestion et les fans de conquête. En effet, là où Shogun/Wallenstein est un exceptionnel et vertigineux jeu consensuel entre les 2 écoles, Byzantium ne propose pas de compromis : c’est un jeu qui ose la gestion à coup de brouettes de dés et où la "conquête" est toujours froidement calculable et estimable, une "conquête" comptable où l’on sait toujours très exactement ce qu’il faut investir pour l’emporter sans coup férir. On est donc bien dans un jeu de pure gestion bien qu’il n’en ait de prime abord ni l’apparence, ni la saveur. De fait, alors que l’on passe une bonne partie de notre temps à calculer, estimer, programmer comme dans la plupart des jeux de gestion classiques, Byzantium réussit le tour de force sans égal de systématiquement laisser souffler un vent épique et historique sur les évènements comptables que l’on administre. Et ce pari fou doit principalement sa réussite à une idée géniale : nous obliger à gérer les deux camps ennemis ce qui contraint les joueurs à souffler dans le sens de l’histoire tout en leur permettant aussi de s’en éloigner une fois que les déséquilibres originaux quant à troupes et occupations géographiques vont en se résorbant (les arabes au début déferlent sur la Perse et/ou sur l’empire Byzantin parce que tout le monde a peu ou prou intérêt à ce qu’ils le fassent vu qu’ils n’ont pas autant de facilités que les Byzantins à marquer d’emblée des points ; Constantinople en général et les Bulgares en particulier favorisent également l’élan et la ferveur arabe puisque personne ne peut se permettre de laisser quelqu’un prendre trop d’avance en points blancs ; etc. ; etc.). Des arabes en plein essor, des Byzantins constamment esseulés et sous pression : l’Histoire est en marche…J’ai déjà parlé par ailleurs des 2 pistes de score, des 2 trésoreries, du flux économique si particulier des cubes, de la difficulté à accepter et à comprendre ce qu’impliquent réellement les résultats des dés au-delà des conséquences immédiates dictées par les numéros (les résultats des dés importent moins que la souplesse de réaction qu’on se sera laissé avant d’avoir à les jeter), etc., etc. ; je ne reviendrai pas ici sur ces originalités techniques qui contribuent bien évidemment au caractère atypique sans pareil de ce jeu. Je conclurai juste en parlant de son esthétique (aspect d’ordinaire très critiqué chez Wallace) : le jeu est beau et le rendu visuel des fluctuations des vagues blanches et mauves qui se font, se défont et s’entremêlent sur le plateau est aussi un des aspects uniques de Byzantium.Enfin, son principal défaut comme tout jeu de ce calibre, est qu’il nécessite et mérite un peu de pratique pour pouvoir l’appréhender pour ce qu’il est réellement, pour pouvoir en goûter tout le sel et pour pouvoir commencer à le jouer correctement. Mais une fois passé l'écueil déroutant des premières parties, tout amateur de jeu devrait être conquis et stupéfait par l'OVNI ludique qu'est Byzantium.
J'édite mon avis pour y mettre quelques liens:
Pour lire des compte-rendus commentés, suivez ce lien:
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Pour lire une réflexion sur certains mécanismes du jeu, suivez ce lien:
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Pour lire, un petit débat en ce qui concerne quelques actions, suivez ce lien:
Enfin, pour y lire un avis plus détaillé et quelques conseils stratégiques, suivez ce lien: