La renaissance carolingienne
Ah, ça c'est un beau jeu. Car déjà il est beau, c'est une évidence, le matériel est vraiment superbe. Bon, niveau époque, ça évoque plus la Città que la fin du VIIIe siècle (la carte cour fait penser au bon gouvernement de Lorenzetti à Sienne). Et ensuite, de la stratégie à la gestion du hasard, il est d'une élégance, d'un raffinement rares.
Tout n'est qu'une question d'équilibre entre les pions investis à la cour pour garder une majorité utile - facilement mouvante - auprès d'une grande famille de l'empire et ceux utilisés dans les provinces pour affirmer son influence... Le hasard, qui conditionne tout de même la stratégie, n'est pas excessivement facilitant ou handicapant pour les joueurs qui en auront tenu compte, suivant le principe selon lequel la chance, ça se prévoit.
Et quel bonheur quand deux ou plusieurs provinces se regroupent pour former une région ! La cohérence du territoire est alors assurée, un vaste domaine a été constitué.
Ce jeu semble avoir été conçu pour deux. Je n'ai jamais eu l'occasion d'essayer la configuration à 3 (j'y avais toujours joué à 2 avant de me l'acheter, et j'ai pu depuis essayer à 4), mais celle à 4 n'est qu'une variation par équipes, très réussie d'ailleurs, de celle à 2.
Chose amusante : ce jeu me fait un peu penser à son exact contraire, Verräter. Là aussi des territoires changent de main, dans une querelle plus tardive, celle des Guelfes et des Gibelins. Mais là où, dans Carolus Magnus, on incarne l'un des deux grands partis en présence et l'on utilise des familles à la fidélité mouvante, on devient dans Verrëter ces familles elles-mêmes, qui ne soutiennent un parti que dans la mesure où celui-ci leur procure localement des avantages, et qui sont prêtes à abandonner un camp pour un autre. Il y a un écho entre les deux jeux.