Dans le Hall du Roi de la Montagne
Il y a bien longtemps que l'on avait pas vu le duo des deux "K" dans un jeu de ce gabarit, et c'est un plaisir de voir que les deux auteurs n'ont rien perdu de leur talent. Cavum est un jeu à l'ancienne, comme à la grande époque de la trilogie Tikal & Cie, avec un système de points d'actions très Kramérien, mais revisité ici sous un nouvel angle (douze actions obligatoires par phase, dont on choisit l'ordre et le rythme). Pour son schéma global de réseau/blocage/pick & delivery (un vocable à la mode, en ce moment !), il me fait aussi penser à Age Of Steam, sauf qu'ici ce sont les réseaux qui sont communs et les lieux de livraison individuels. Que de bonnes références, donc, pour un jeu qui propose aussi quelques belles originalités: un mécanisme retors d'enchères inversés, des dynamites souffle-grisou pour saboter les réseaux trop parfaits, et des recouvrements 3D riches en rebondissements.
Cavum est donc un pur jeu d'optimisation, riche en stratégie, en interaction et en opportunisme, qui fleure bon la houille, les joyaux, et les mineurs moustachus. Surtout, la gestion du tempo y joue un rôle essentiel: dois-je accélérer le jeu pour me garantir une collecte honorable ? Le ralentir pour avoir le temps d'exploiter un filon supplémentaire ? Bref, beaucoup de choix, et une grande liberté d'actions, qui peuvent parfois déraper en analysis paralysis, ce qui est peut-être le seul léger défaut que je trouve à ce jeu (au delà du fait que la traduction française de la règle nécessiterait sans doute quelques éclaircissements, et que la configuration deux joueurs n'est pas la plus réjouissante car elle occulte certains aspects essentiels du jeu). En outre, la qualité graphique du matériel est sublime, ce qui ne gâche rien (c'est bien la première fois que je n'arrive pas à me séparer des punchboards vides, c'est dire). Au final, Cavum est pour moi un excellent cru, qui possède l'étoffe des meilleurs jeux de Kramer & Kiesling, et qui mériterait certainement une meilleure publicité.