C'est pas moche, c'est sombre
De plus en plus de jeux signifie également de moins en moins d'attention disponible pour distinguer ceux capables de s'extirper de la masse. Ethnos est passé entre les gouttes de la buzzite, arrivé discrètement, sans fracas. Pourtant, c'est un véritable potentiel qui se cache à l'intérieur de cette boite qui ratera probablement son public de prédilection en raison d'un délit de faciès. Ethnos n'a pas une gueule à aller cueillir des fleurs. En raison de cette couverture mature/geek, le jeu de l'auteur italien ne détronera pas la belote du dimanche après midi. Ni le monopole des aventuriers du rail sur le marché "famille". Son créneau est pourtant la. A la croisée des chemins entre Ticket To Ride, Smallworld et King's Road. Ethnos est bien la synthèse de ces trois la et devrait en ravir les amateurs. Paolo Mori enterrine son approche de la création ludique qui consiste à recycler et sublimer des mécanismes déja existants : Libertalia constituait le renouveau boosté de Citadelles, Augustus un loto un peu moins apathique que celui de la salle des fêtes du village. Ethnos met les pieds dans le plat et siphonne la sève des monuments ludiques précités. Avec intelligence et respect. Il parvient au final à se singulariser et à ne pas passer pour un énième jeu de majorité ou on se contentera d'empiler mécaniquement des jetons à notre couleur sur les différentes cases du plateau. Obtenir la plus haute pile. Il ne s'agit effectivement que de ça, une démonstration, une "course à la plus grosse". Mais réalisé avec élégance, nuances, variété. Un véritable art du choix et du dilemme, et ce geste très marquant qui consiste à se défausser, douloureusement, des cartes non jouées de sa main. Presque un tour de force, qui devrait malheureusement rester trop confidentiel.