Abstraitement parfait
Il faudrait considérer avant de l'acheter que ce jeu est d'une abstraction parfaite. A chacun de l'entendre comme il le souhaite, rebuté par l'abstraction ou désireux de s'offrir un des plus beaux jeux qui existe. Le Go se comprend en une demi-heure, même par un adolescent -- notre professeur de physique avait initié un atelier au collège -- et une vie ne suffirait pas pour en épuiser toute la richesse. Cette figuration d'une guerre larvée -- larvée car il s'agit surtout d'occuper des positions même si des prises sont possibles -- est vraiment très belle et passionnante. A la fois simple d'accès et d'une grande complexité stratégique, le seul défaut du Go serait qu'il est d'une telle aridité -- plus long, plus épuré encore que les échecs -- qu'il faut sans doute être d'une patience de moine zen pour pouvoir y jouer. Vous êtes capable de regarder une fleur pousser en lisant Sun Tzu ? Alors ce jeu est fait pour vous. Pour ma part, tout en reconnaissant l'excellence de ce jeu -- que je situerais au niveau des échecs et du poker -- son épure et sa beautée, et bien que j'en possède un très bel exemplaire, je n'y joue presque jamais. Faute de partenaires, faute de temps. Je reste pourtant profondément fasciné par la pose des pions noirs et blancs, les traités de stratégie, et, surtout, surtout, l'ouvrage magnifique qui avait été publié -- chez Christian Bourgois -- par Jacques Roubaud, Georges Perec et Pierre Lusson sur le sujet. D'autres passionnés.