Dissonance cognitive
C'est objectivement un très bon jeu.
Mécaniquement, c'est carré ; il y a toujours plein de choix intéressants à faire, une frustration savamment dosée. On s'amuse comme des petits fous à monter et démonter nos machines, à combiner des trucs et des bidules... Et en même temps il y a quinze mille contraintes qui nous font bien galérer et qui nous demandent une bonne planification et une attention constante.
Visuellement, le jeu est superbe, avec un univers très original, un matériel très pratique et qui claque bien sur la table, en en plus de jolies trouvailles langagières qui titillent avec bonheur ma fibre littéraire ("Le mirifique Flamelleur !", "La terrifiante Larcinette !")
Sauf que... en fait, quand on y joue, le thème du jeu, c'est la mécanique. C'est une course au points de compétence pour montrer qui est le meilleur mécanicien : j'y imagine de la vapeur, du cambouis, des engrenages, des soudures... Là, oui, le thème aurait été en adéquation avec les sensations de jeu. Il me semble d'ailleurs qu'à l'origine, le thème du jeu était purement steampunk.
Entretemps, l'éditeur à rajouté une couche d'onirisme, mais au final cela dessert le jeu. Ces machines irréelles et délirantes créent une dissonance cognitive par rapport à la mécanique très terre-à-terre du jeu : on bricole, on produit des ressources, on les échanges au marché, on optimise et on compte ses actions... Rien de bien délirant au pays des rêves. Un peu comme si on mélangeait l'esthétique exubérante d'un film de Terry Gilliam avec le sérieux papal d'un film de Christopher Nolan. Deux trucs biens mélangés ensemble, ça ne donne pas forcément un truc extraordinaire à la fin, comme me l'ont prouvé mes tentatives de tartines saumon fumé-Nutella.