"Babord, c’est à gauche, comme dans batterie»
Parties jouées : une dizaine à deux ou trois, avec l’extension « The Black Rose ».
Matériel : Je le trouve contrasté, ce matériel. Les plaques qui constituent la rivière sont du plus bel effet, et si la table est grande, vous pouvez même garder la rivière entière sur la table pour pouvoir refaire le match en fin de partie (« c’est là que j’ai fait la différence, je crois, mais je la sentais bien, l’option babord » « Quoi ? L’option babord ? Un scandaleux coup de pot, oui ! »). Les passagères sont également très sympathiques, élégantes, discrètes, le charme suranné des parcs de château aux grilles en fer forgé, avec le lion moussu assis sur la colonne… Par contre, question bateau, je suis moins fan. Le plastique est d’une qualité pas très agréable au toucher, le moulage n’est pas très élégant et les couleurs sont étonnantes : un blanc, un beige, un marron, deux rouges, un vert, un gris métallisé du plus vilain effet, bref, on a un vrai problème, à tel point que j’envisage de les repeindre…Pour les cabines, mon Dieu, qu’elles sont petites. C’est fou, ce minuscule carton, on croirait qu’ils le payent. Hein ? Ils le payent ? Ah oui… Oui, mais quand même, c’est trop petit. Remarquez, ce n’est utile qu’à deux, quand chacun gère deux bateaux, sinon, on peut très bien s’en passer…
Thème, mécanisme : un jeu de parcours, une course, sans que le dé intervienne, on m’aurait dit ça il y a quelques années, je me serais dit : pas possible ! Eh bien, si ! Chacun gère la vitesse de son bateau et sa réserve de charbon, bref, plus vous allez vite, moins vous pouvez infléchir votre trajectoire, et plus vous faites varier brutalement votre vitesse, plus vous consommez de charbon. La rivière est comme le Mississippi, changeante, surprenante (les tuiles apparaissent au fur et à mesure de l’avancée du plus rapide, et dans un ordre aléatoire), pleine d’embûches (rondins, bancs de sable, îlots, rétrécissements…), pour moi, tout cela colle très bien. Bon, certes, la poussette entre bateaux est beaucoup moins crédible, mais elle permet de faire de sacrés coups fourrés et rendent la partie tendue jusqu’au bout. Le déplacement du bateau entraîne un poile de réflexion, rien d’exagéré, pas de quoi faire une crise d’Analysis paralysis, mais suffisamment pour pouvoir élaborer deux-trois choix.
Remarques subsidiaires : J’adore ce jeu. Quand on en a marre du : je-construis-un-truc-pour-produire-un-machin-qui-me-fait-gagner-des-bidules, c’est le jeu qu’il faut. Et puis, un Spiel des Jahres n’est jamais fondamentalement mauvais. Je le rapprocherais un peu de formule dé, un jeu de parcours sympathique, mais en beaucoup moins long. Par contre, ceux qui ne tolèrent pas la confrontation directe doivent se méfier car la poussette dans le banc de sable au mauvais moment peut briser les rêves de victoire les plus fous.
Tout le sel du truc est pour moi de savoir si on navigue en tête et qu’on ouvre les futurs tronçons de rivière pour pouvoir s’engager en première place dans les rétrécissements ou si on navigue derrière pour pouvoir mieux ajuster sa trajectoire avec un peu plus de recul par rapport à l’apparition des tuiles de cette rivière qui n’arrête pas de sinuer…
Bref, un très bon jeu pour une soirée entre amis. Et si vos amis n’aiment que les jeux où on-construit-un-truc-pour-produire-un-machin-qui-fait-gagner-des-bidules, changez d'amis.