Chef-d'oeuvre de collection de chefs-d'oeuvre !
Dans une jolie mise en abyme, Museum est lui-même un musée. Il en impose en effet à première vue par le matériel abondant exposé sur la table, par les 180 illustrations uniques de Vincent Dutrait qui constituent une galerie d’œuvres en soi, et sont toutes porteuses d’un descriptif comme le carton accompagnant normalement l’objet, par la superbe lisibilité de son matériel et la symphonie de couleurs s’étalant devant nos yeux.
Cette dimension muséographique du jeu de musée est naturellement renforcée par la cohérence thématique remarquable du titre, le nom donné à des éléments qui n’en portent souvent pas (y compris la « réserve personnelle » pour la main, le « fond commun » pour la défausse) et collant en fait parfaitement à ce que l’on nous demande d’en faire, la mécanique de collection selon le domaine auquel les objets appartiennent ou la civilisation dont ils sont issus. Élaborer son musée idéal en se laissant un peu guider par ses propres appétences culturelles pour disposer ses œuvres dans des galeries pertinentes, que l’on pourrait souhaiter visiter soi-même, tout en se méfiant ou en profitant des cahots de la Grande Histoire, de la médiatisation des pillages des cultures, des circonstances militaires, de la présence d’experts réels, est aussi puissant qu’inattendu.
Si les parties peuvent durer et laissent une part assez importante au hasard, sans qu’il puisse jamais être vraiment nuisible (surtout dans une deuxième version des règles l’adoucissant considérablement), c’est pour mieux laisser aux joueurs l’occasion de s’adapter aux circonstances, imposées par le jeu ou par les autres conservateurs, de se taquiner les uns les autres dans des tours très fluides et parvenant à être interactifs là où l’on pouvait redouter au premier abord un jeu de collection assez glacial. Une petite merveille.
L'intégralité de la critique de Museum est lisible sur VonGuru :