Ystari n'a toujours pas réussi à nous casser les burnes.
Et pourtant, on ne peut pas leur reprocher d'y mettre de la mauvaise volonté ni de lésiner sur les moyens pour nous faire craindre la sortie d'une sempiternelle déclinaison ravalée de Caylus.
Les ingrédients qui constituent leur marque de fabrique sont bien présents : du cube en bois en veux-tu-en-voilà, du placement d'ouvrier déguisé en ouvrière, de la conversion de ressource verte contre des grises, de la gestion avec un thème hyper funky, des sources de points diverses et variées, un nom qui pourrait être celui d'un meuble Ikea, des plateaux aux tons marronnasses... on s'attendait presque à voir Arnaud Demaegd proposer une couverture sur laquelle une fourmi se gratterait le menton.
Ajoutons à cela l'effervescence devenue habituelle à l'annonce de chacune des sorties du Prophète du Jeu, ainsi que le fait de devoir faire face à une attente de plus en plus exigeante, ce qui est d’autant plus vrai lorsque Ystari évolue dans son registre de prédilection, et l'on comprendra que le contexte était plus que propice à se prendre les pieds dans le tapir.
Fourmi… tapir…
Je vous invite à méditer un instant et en silence sur cette dernière assertion dont la conclusion me donne envie de m'auto-frapper sur les cuisses, rhalala, j’me tuerai moi.
Il semble opportun de saluer au passage l'heureuse initiative de la mise à disposition d'une brillante version en ligne sur le site BoiteaJeux. Au-delà de la diffusion de la règle, cette démarche contribue grandement à la découverte et à la promotion d'un jeu certes exigeant mais dont le fonctionnement s'assimile intuitivement, notamment grâce au fait que chaque phase soit présentée et les actions possibles annoncées simplement, à la manière d’un tutoriel, certes limité, mais efficace. Cette adaptation a véritablement achevé de me convaincre à faire l’acquisition de la version organique, dès que la jolie boîte sur la couverture de laquelle Arnaud Demaegd a fait figurer une petite feuille légèrement floutée au premier plan juste à côté du logo (mais comment il a fait ça ???) sera disponible chez mon chouette marchand de jeux de sociétés chouettes.
Cet avis est donc fondé sur la pratique de quelques parties sur cette version numérique des ordinateurs à base d’informatique.
Vu que j’ai pas que ça à foutre d’aller à Essen.
Inutile de tourner autour du pot : la recette fonctionne admirablement bien. Après 2 tours, le principe apparaît de façon limpide, et l’envie d’explorer chacune des nombreuses voies de développement est particulièrement prégnante. La nécessité de ne pas se retrouver fort dépourvu quand la bise hivernale fut venue impose par ailleurs une contrainte non négligeable et vient freiner la progression juste ce qu’il faut.
La notion d’évènement ainsi que la nature aléatoire des objectifs orientent les parties et interdisent de se limiter à des schémas d’enchaînements stéréotypés. Ces judicieux procédés évitent par ailleurs de ressentir la très légère lassitude susceptible d’apparaître au-delà de la 284ème partie caractéristique de ce type de jeu.
Le rythme est particulièrement agréable; la plus grande partie de la réflexion a lieu lors de la phase de programmation au début de chaque tour, en simultané. Celle-ci conditionne l’ensemble du tour et chacun sait plus ou moins ce qu’il a à faire lors de la phase de pose des ouvrières. Les temps morts sont donc limités, à moins d’hésiter 12 minutes à poser une phéromone sur de l’herbe plutôt que de la pierre.
Inutile de préciser qu'après avoir pris soin de la fourmilière et de son développement, chacun se voit sensibiliser au sort de ces braves petites bestioles, au point de redoubler d'attention lorsque l'on pose ses Stan Smith pointure 45 par terre... s'agirait de pas ruiner un objectif de niveau 2 pour une malheureuse ouvrière écrasée.
Difficile d'imaginer ce qui pourrait mettre des bâtonnets dans les papattes de ces sympathiques hexapodes et venir contrarier le succès annoncé. C’est sûr, Myrmès va envahir la planète, les fourmis de Marabunta vont trembloter des mandibules.
Autant dire que les fans trépignent déjà à l'idée d'une éventuelle extension, à laquelle la création de Monsieur Levet semble naturellement se prêter.
"La menace Baygon", ça vous tente ?
Pour les autres, je conseille l'eau bouillante.
ou le basilic.
Il est temps à présent de procéder au résumé des points-clés de cet avis :
une déclinaison,
un meuble Ikea,
un menton,
Le Prophète,
une bise,
des Stan Smith pointure 45,
des mandibules.