Ramen ta science!
Nippon est un jeu de stratégie pour 2 à 4 joueurs, de Nuno Bizarro Sentieiro et Paulo Soledade sorti pour Essen 2015, édité par What’s your Game et illustré par le talentueux Mariano Ianelli. Dans ce jeu, les protagonistes vont avoir à charge de développer industriellement le Japon sous l’ère Meiji en érigeant des Zaibatsus. Ces Zaibatsus, que les joueurs vont devoir construire pour accroitre leur influence dans les 4 grandes régions japonaises, pourront être de différentes « qualités » (inférieure pour les tissus et le papier, médium pour les bentos et les loupes, supérieure pour les montres et les lampes)
Une partie de Nippon se déroule en 3 manches, de longueur variable, mais d’une froide simplicité.
A son tour, chacun peut sélectionner un meeple ouvrier au-dessus des cases d’actions de son choix pour pouvoir effectuer une des deux actions indiquées dessous. Retenir que toutes les actions doivent pouvoir être sélectionnées à n’importe quel moment dans Nippon. Et donc, lorsqu’il n’y a plus de meeple au-dessus des actions qui nous intéresse, on les réassortit depuis l’une case de stockage située sur la gauche du plateau. Et quand on en peut plus le faire (= que les cases de stockage sont également vides), on défausse tous les meeples restant et une nouvelle manche commence, éventuellement avec un décompte intermédiaire (fin des manches 2 et 4).
Le meeple récupéré va sur le plateau du joueur et il peut en accumuler jusqu’à 6 avant d’effectuer ce qui s’appelle une consolidation (vider les stocks, percevoir les revenus charbon et monnaie, payer les ouvriers à raison de 3000 Y / couleur utilisée, puis les défausser)
Un décompte attribue un certain nombre de points à chaque joueur en fonction de l’influence qu’il détient dans chacune des régions où il a construit des zaibatsus. Plus élaboré est le zaibatsu, plus grande est l’influence qu’il confère. Plus on avance dans la partie, plus rétributeurs sont les décomptes, mais les PV ne sont pas les seules choses à viser puisqu’il faudra aussi améliorer sa condition sur les 3 échelles proposées par le jeu : le charbon (qui constitue la limite de matière première transformable dans vos zaibatsus entre deux consolidations), les connaissances technologiques (plus la connaissance techno est élevée plus il est aisé de construire des usines de haut niveau, génératrices d’une plus grande influence) et la monnaie, qui fixe le revenu que l’on touche à chaque consolidation et permet entre autres de progresser sur les 2 autres pistes précédemment citées.
On trouve énormément de bonnes idées dans Nippon. Déjà, il n’y a déjà rigoureusement aucun hasard hormis la répartition des couleurs de meeples disponibles au-dessus des cases d’actions. Les joueurs construisent leur scoring de fin en capitalisant des bonus sous forme de multiplicateurs applicables dans un domaine de leur choix : c’est malin, il fallait y penser. Ensuite, la course aux avantages pour acheter le 1er l’usine offrant le plus grand bonus. Le fait de pouvoir gérer son avance en provoquant un décompte lorsque les auspices nous sont favorables (comprendre la configuration du plateau), savoir quand consolider, créer un effet levier par l’enchainement logique de ses actions. A aucun moment le gameplay n’est poussif ou retors, au contraire la lisibilité est totale, car l’information est parfaite et partagée par tous.
What’s your game nous fournit là (encore) un jeu brillant, quoique certains pourront lui reprocher d’être assez « mécanique » dans son déroulé. Oui, il s’agit clairement un jeu de calcul, de combos par le truchement des bonus, et d’optimisation. Toutefois, il me serait difficile de le départager d’avec Zhanguo tant l’ensemble est bien ficelé sans faire redondance avec cet illustre aîné. Bravo WYG !
Des jeux comme ça, on en veut encore et encore ! 90/100