Une expérience plutôt qu'un jeu
Comme l'adage populaire voudrait que le trajet vaille davantage que la destination, Nouvelles contRées apparaît semble-t-il plus comme une expérience qu'un jeu à proprement parler, où les conditions et l'intérêt de la victoire semblent infiniment secondaires au regard de la communauté d'intérêt et du partage qui nait entre les participants au fil de la partie.
Rarement, à mon sens, l'intérêt du jeu, qui ne réside selon moi que dans l'interaction sociale et la redéfinition du langage et de la communication qu'il propose, n'aura aussi bien rempli ces deux critères. Dans ma vie de joueur, il y a un avant Nouvelles ContRées... et un après.
Ce jeu réussit la gageure d'offrir aux participants une forte latitude (immersion, choix, libre arbitre, imagination, sensibilité) tout en observant des contraintes formelles dans un univers étonnamment vaste, peut être infini : un livre. N'importe lequel... ou presque. Un roman, un poème, un essai, qui agit un peu comme la clef de chiffrement d'un code de décryptage. S'il existe au moins autant de parties qu'il y a de livres édités depuis la naissance de l'imprimerie, inutile de s'étendre sur la rejouabilité de cette petite boîte par ailleurs fort bien conçue.
Avec ses mécanismes de jeu élégants, son écrin artistique et son approche futée visant à introduire le livre comme support, Nouvelles ContRées aurait tout du jeu promis aux honneurs des prix spécialisés et rouleur de mécaniques.
Je lui trouve au contraire toutes les vertus de l'humilité. En travestissant son gameplay innovant derrière les mots, les univers et les intrigues des auteurs, ce jeu se fait le hérault et l'ambassadeur, dans un monde gangrenée par l'image et l'immédiateté des réseaux sociaux, de la lecture et du temps long, de l'introspection et de l'imaginaire, du livre tout simplement.
Pour nous donner envie de les explorer autrement, ces livres, tel un aventurier qui gravirait l'Anapurna en compagnie de Proust ou sonderait le Loch Ness dans les traces d'Hugo.
Et au delà sûrement, pour nous réconcilier peut-être avec les vieux fourneaux de nos bibliothèques, mis sur la touche par Netflix, Nintendo et Facebook. à Nouvelles ContRées le premier sang pour nous avoir fait jouer, à nous le flambeau pour nous remettre à lire.
Bon jeu et bonne lectures.