Quelques grammes de finesse dans ce monde de brutes
Au commencement était le concept. Créer à partir de treize objets hétéroclites, abolis bibelots d'inanité sonore, des tableaux furtifs, des œuvres éphémères, des natures mortes empreintes de rêve et de lyrisme. Objets trouvés n'est donc pas un jeu comme un autre: c'est un concept avec un jeu autour, et de vrais morceaux de poésie dedans. Quelques grammes de finesse, donc, mais sans le chocolat.
Peu importe donc qui perd ou qui gagne, et c’est tant mieux d’ailleurs, il n’y a qu’à voir à quel point le système d’attribution des points a été bâclé. Objets trouvés c'est avant tout de l'onirisme en boîte, un système innovant, et de vrais moments de surréalisme lorsque l'artiste commente son œuvre et que les autres en donnent leur propre interprétation. N'empêche qu'il faut tout de même être bien dégourdi du ciboulot pour y jouer, parce que pour faire deviner la "symphonie pastorale" avec une pince à linge, des jambes de poupée, une plume, une coccinelle et j'en passe, il y a de quoi se péter une durite. Mais en même temps c'est aussi là que se situe le véritable intérêt du jeu.
Moins dynamique que Kezako, auquel il me fait beaucoup penser, mais plus imaginatif, Objets trouvés est donc un jeu à découvrir, même si beaucoup risquent de ne pas accrocher. Mention spéciale aux tuiles évènements qui permettent de renouveler les parties, aux grandes cartes bien pratiques pour jouer à plein, et aux différentes ambiances proposées par les textes (même si c'est vrai qu'on a parfois l'impression de lire le dico ou un recueil de poèmes bruts de pomme). Carton rouge toutefois pour le prix abracadabrantesque, mais bon en même temps on commence à être habitué avec les boîtes Asmodée grand format.
Au final un vrai bon jeu d'ambiance, à ranger dans l'armoire à côté de son Time's Up.