Beaucoup de bruit pour rien ?
“Il arrive toujours que nous n’estimons pas un bien à sa juste valeur, tant que nous en jouissons ; mais dès qu’il nous manque, nous lui découvrons le mérite qu’il ne voulait pas nous montrer quand il était à nous.” - Shakespeare
Je cite pour la prétention plus que pour l'à-propos, même s'il est vrai que Shakespeare - le jeu - peut n'apparaître que moyen et peu inspiré de prime abord, ses qualités étant plutôt du genre discrètes et se révélant en creux, par comparaison avec des jeux plus clinquants mais qui sont dénués de celles-ci. Shakespeare propose un système simple et cohérent, très lisible (les trois solutions pour marquer du prestige sont clairement balisées : costumes, décors et répétitions, de même que le principal moyen : les actions permises par les personnages recrutés - qu'il faudra être en mesure de payer à la fin du jeu) et qui propose une gestion très tendue en donnant de l’importance à chaque action et au moindre point de prestige grappillé (lors de toutes mes parties jouées la victoire s'est décidée au point près).
Les ressources limitées qui sont disponibles à chaque tour, associées à l’enchère pour l’ordre du tour en utilisant ses jetons d’action (chaque joueur jouera autant d'actions que de jetons misés - entre 1 et 5 - et le tour se jouera dans l'ordre croissant des mises, chaque joueur jouant successivement une action) et au repos imposé au personnel (tous les personnages activés par un joueur un tour donné - sauf un - ne sont plus disponibles au tour suivant) permettent de rendre la partie très stratégique et forcent les joueurs à prendre en considération le jeu de leurs adversaires. Les parties sont intenses et disputées, de sorte que le moindre détail compte (ainsi les objectifs ou l’ambiance, qui pourraient paraître a priori quantité négligeable, peuvent décider de la partie). Le tout dans un format très maîtrisé, et avec un beau matériel qui permet de se rendre compte du chemin parcouru par Ystari en la matière. A mon sens une réussite.