Cosi va la fortuna
Voilà un jeu que j'ai trouvé très italien. Quand on est habitué à la belle mécanique allemande, il est assez déconcertant, mais loin de manquer de charme. Le principe de progression sociale est une idée assez géniale, de plus excellente simulation de l'Histoire dans le contexte économique des villes italiennes de la Renaissance (avec la surenchère pour le mécénat, la bienfaisance, etc....).
Pour l'esthétique, le jeu est aussi très original, pas forcément ergonomique, mais vraiment très artistique, ce qui convient bien au thème. Irréprochable sur le thème justement, le jeu ne l'est pas pour la jouabilité. Siena me semble manquer un peu d'équilibre, mais il est possible que cette impression soit liée aux premières parties. Les revers de fortune sont probables tant les paramètres à intégrer sont nombreux et imprévisibles. La chance fait aussi partie du jeu,(mais pourquoi pas), le bluff n'en est pas absent. Bref, un jeu riche à tout point de vue, mais qui ne conviendra qu'aux joueurs passionnés.
On peut lui reprocher la règle qui pourrait être plus claire et plus précise, le manque de lisibilité du plateau et des cartes (magnifiques du reste), et le nombre de modificateurs à intégrer pour gagner, qui enrichissent mais compliquent aussi à outrance la dernière partie du jeu. Je déplore enfin ces traductions qui ne sont pas à la hauteur des jeux. Par exemple, le maïs n'existait pas en Europe au XIVè siècle ; il a été introduit 400 ans plus tard d'Amérique Centrale. L'anglais "corn" ou allemand "korn" traduit ici "grain, céréales", c'est à dire du blé (dont on voit les gerbes sur le plateau en plus). Les traductions ratées dans ce genre abondent et c'est un peu dommage quand l'auteur s'est cassé pour respecter l'Histoire. A moins que Zugames n'ait été racheté par Kelloggs...
Bien à trois joueurs, interminable à cinq.