Jeu à niveaux
Ce que j'apprécie vraiment avec Sultaniya, c'est de pouvoir y jouer pratiquement avec n'importe quel type de joueur.
Une mécanique simple et un objectif compréhensible par tout le monde (finir son palais avant les autres en scorant au maximum selon son personnage), ajouté à un matériel d'excellente qualité, en font un parfait jeu d'introduction dans l'univers ludique et plaît aux joueurs occasionnels. On peut facilement y jouer et y prendre du plaisir sans trop se casser la tête.
Dans le même temps, les règles recèlent quelques petites subtilités qui apportent une certaine profondeur permettant d'y jouer entre gamers, notamment le fait de pouvoir ne révéler qu'une seule tuile afin de ne pas donner trop de choix aux adversaires, ou de pouvoir prendre une tuile sur une pile différente de celle dont on a révélé des tuiles (principes de base du jeu solo, d'ailleurs). La variante expert va dans ce sens : plus aucune information cachée, donc davantage de lisibilité des jeux adverses.
Les djinns, en plus de permettre de se sortir de situations parfois compliquées, autorisent aussi pas mal de coups tordus, c'est pourquoi il faut parfois savoir passer son tour pour gagner 2 saphirs :
jouer le djinn bleu (1 saphir) pour empêcher un joueur de prendre la tuile qui l'intéresse, puis en prendre une qui nous fait scorer (sur une autre pile, tant qu'à faire)
jouer le djinn rouge (2 saphirs) pour récupérer une tuile qu'un adversaire aura laissé passer, pensant que l'on ne pouvait plus la placer dans notre propre palais par manque de place
jouer le djinn vert (2 saphirs) pour récupérer une tuile avant les autres
Charles Chevallier ne s'y est d'ailleurs pas trompé en interdisant de récupérer les saphirs présents sur la tuile que l'on construit après l'utilisation d'un djinn.
Le seul point noir vient de la rédaction des règles, en particulier celles des djinns : leurs capacités sont décrites de manière trop succincte et il y manque des exemples (bon, sauf pour le bleu, dont le pouvoir est quand même très simple). Cette partie des règles, qui a nécessité plusieurs parties avant d'être bien comprises et assimilées autour de ma table, aurait vraiment mérité d'être développée, car c'est pour moi un élément essentiel du jeu. La preuve en est, je pense, le nombre de personnes qui se plaignent de se retrouver bloquer : il m'a fallu une bonne demi-douzaine de parties avant de voir que le djinn rouge permet de se débarrasser d'une tuile de son palais.
Enfin, je trouve le jeu à 2 assez limité (peu de tuiles en jeu, pas de réelle concurrence sur les décors qui font scorer) ; à mon sens, Sultaniya ne prend toute son ampleur qu'à 4.
J'aime :
le sentiment de réellement construire un palais
la subtilité des règles, en particulier dans les usages possibles des djinns
la qualité du matériel et des illustrations
Je n'aime pas :
l'appauvrissement du jeu à moins de 4 joueurs
le traitement trop rapide des djinns dans les règles