Mon beau palais
Sultaniya est un très beau jeu que je qualifierais d'asymétrique qui vous invitera à construire un palais pour le sultan, en incarnant un des personnages des 1001 nuits. Le matériel est de toute beauté : de gros saphirs, des génies bien réalisés et des tuiles bien illustrées qui donneront au palais un cachet particulier.
Côté mécanique : le jeu s'apprivoise très facilement. La règle est simple, bien illustrée. Contrairement à ce que j'ai pu lire, la différence entre "je dois" et "je peux" est bien marquée (les termes étant soulignés à chaque occasion dans la règle). Seul cas litigieux : si je ne trouve pas de tuile intéressante ou plaçable en utilisant le génie jaune à 3 saphirs, est-ce que je récupère mes saphirs ? L'auteur a répondu par l'affirmative.
En terme de jeu, c'est un jeu de placement simple, facile d'accès. Les règles de pose sont évidentes. Il ne faut pas négliger la part de hasard qui fait apparaître les "bonnes tuiles" ou pas, mais celle-ci est temporisée par les saphirs. Attention cependant au 4e étage, où les tuiles sont beaucoup plus puissantes (double tour, porte ou minaret complet, tuiles avec PV directs importants) et donc où a part de hasard sera plus déterminante.
Les stratégies sont plus ou moins orientées par le plateau de départ (les éléments figurant sur le début du palais ne sont pas les mêmes, les objectifs non plus) et par les objectifs secrets. C'est là où réside l'asymétrie.
Côté sensation de jeu et immersion : Il y a de l'interaction mais ne pensez pas saboter le palais de votre adversaire pour entraver sa progression. On pourra simplement prendre une tuile pour priver un adversaire d'une tuile qui l'intéresserait, mais sans perdre de vue qu'il faut soi-même marquer des points. Toute tuile mise dans le palais doit y trouver sa place, son intérêt en termes de points de victoire. Jouer l'obstruction n'amène par à grand chose, sauf si, de temps en temps, ce ne sera que la seule action utile.
Là où l'interaction réside, c'est dans les objectifs, puisque chaque plateau joueur indique des objectifs qui sont en partie commun avec certains adversaires. C'est donc bien pensé puisque l'on sera toujours en concurrence avec quelqu'un, et notamment pour l'objectif de majorité avec les gardes. Cependant, le problème peut résider dans les parties à 3 joueurs puisque les objectifs valant le plus de points (minarets et portes) sont communs 2 joueurs par deux joueurs (les objectifs portes et minarets sont présents 2 fois chacun) : un joueur se retrouvera donc sans concurrent pour des objectifs marquant le plus d point, ce qui peut être pénalisant pour les deux autres. A charge pour eux de s'entendre et de ravir les tuiles qui pourraient intéresser le 3e. N'oublions pas qu'il s'agit d'un jeu d'interaction. (cependant, ces tuiles ne comportent aucun autre symbole : un coup à blanc donc pour celui qui les prend pour contrer un adversaire sans en avoir l'objectif. Dommage).
A la fin du jeu, on pourra regarder son palais avec le sentiment du devoir accompli, l'impression d'avoir construit quelque chose, d'avoir participé à quelque chose.
Bilan : Sultaniya donc un bon jeu, malin et familial, avec de l'interaction. A jouer surtout en étant un nombre pair, pour éviter une situation propice au déséquilibre.