The Crew, improbable incontournable de 2020
Dès sa sortie, The Crew avait largement été salué comme une publication importante. Petit jeu de cartes créé par un inconnu, détournant la belote avec cette idée de la rendre coopérative qui tenait plus du gimmick que de l’intuition géniale, et y plaquant un thème spatial évidemment très artificiel, il n’avait pourtant rien pour lui, sinon d’être issu d’une série parfaite de décisions parfaites.
L’une des forces du jeu de levées est son universalité, la simplicité abstraite de son matériel qui lui permet de plaire à tous, l’accessibilité qui lui permet d’être appris par tous, la courbe d’apprentissage qui lui permet de satisfaire les néophytes comme les plus chevronnés. Y appliquer un thème permet d’abord de faire sortir The Crew du lot, le singularisant au point de faire oublier qu’il pourrait être pratiqué avec un jeu de cartes traditionnel, et attirant ceux qui ont besoin d’un tel habillage.
Ce dernier reste cependant discret, ne cherchant pas à dissimuler complètement sa nature de tarot spatial ni à sombrer dans l’ametritrash avec des aliens, des nains ou du kawai. Le néophyte en jeux de levées, l’expert et même le récalcitrant peuvent ainsi le considérer, ce qui est d’ailleurs aussi vrai pour le néophyte, l’expert et le récalcitrant en jeux de société modernes.
C’est que The Crew parvient à ce paradoxe étonnant qu’on y reconnaît parfaitement le jeu de levées… et qu’on ne le reconnaît pas du tout, puisque le jeu y est à la fois parfaitement fidèle en le subvertissant parfaitement. Si je n’irais pas jusqu’à le recommander à un joueur allergique à la belote, je n’ai pas été plus surpris que cela d’en voir complètement conquis – tandis que d’autres tentaient en effet l’expérience pour en être finalement et prévisiblement déçus.
Proche d’un The Mind par sa proposition d’une coopération en communication limitée, The Crew parvient à être de surcroît parfaitement ludique (grâce à ses bases de belote et à ses 50 objectifs à remplir, qui sont autant de modes de jeu), assez solidement et étonnamment narratif (grâce à la scénarisation poussée desdits 50 objectifs), tandis que son accessibilité et son instinctivité (encore accentuée grâce à son édition française), l’extrême concision de ses parties et son prix le mettent aisément entre toutes les mains.
L'intégralité de la critique de The Crew est lisible sur VonGuru :