Dystopia
Même si leur précédent jeu est très loin d'être parfait, j'abordais cette nouvelle création d'Arnaud Urbon et de Ludovic Vialla avec un a priori positif. En effet, j'apprécie le travail de ces deux auteurs français pour leur démarche consistant à tenir ensemble des mécanismes intelligents qui n'ont pas peur d'un peu de hasard et un thème original et présent. Utopia ne rompt pas avec ce principe. Il est même assez proche de Khronos dans l'esprit. Il l'est beaucoup moins pour ce qui est de sa valeur ludique.
Utopia souffre avant toute chose d'un problème d'édition. La boîte de jeu renferme un matériel pléthorique : nombreux jetons et cartes, figurines et bâtiments en plastique. Le soin apporté donne l'impression qu'Utopia est un jeu riche et ample, qui va mobiliser tout notre intellect et notre imagination pendant deux ou trois heures. Quelle déception ! Une partie dure environ une heure et les possibilités ludiques sont réduites. Il y a une véritable dichotomie entre le jeu et son matos. Pour le dire vite, Utopia, c'est une carrosserie de voiture de course avec un moteur de mobylette. Le décalage est tel que les figurines et les bâtiments font faux et tape-à-l'oeil. En d'autres termes, le matériel de jeu est si grandiloquent qu'il en est ridicule et laid. Utopia aurait gagné à être plus sobre.
Ce problème serait accessoire si le jeu était passionnant. Mais il ne l'est malheureusement pas. Khronos avait pour lui une profondeur tactique et stratégique appréciable, relevée par un zeste de hasard. Les mécanismes d'Utopia, plutôt plats et conventionnels, peinent à générer de la complexité. On pose des pions, tirés totalement aléatoirement, sur des quartiers, puis, au moyen de cartes partiellement tirées aléatoirement, on déplace ces pions et on les regroupe pour construire des bâtiments ou des merveilles. C'est pauvre et répétitif. Intégrant une part de hasard non négligeable, qu'on subit intégralement, le jeu est même relativement opportuniste. On se contente la plupart du temps de saisir les bonnes occasions, quand elles se présentent.
A cette faiblesse importante se rajoute un autre problème, déjà présent dans Khronos. Arnaud Urbon et Ludovic Vialla ont beaucoup de mal à faire le lien entre leur thème et leurs mécanismes. Autant dans Khronos que dans Utopia, le background du jeu est travaillé et présent notamment à travers le matériel et les illustrations. Les deux Français font un effort louable pour éviter les poncifs thématiques du jeu de société. On les en remercie. Mais le thème d'Utopia se retrouve difficilement dans les mécanismes, artificiels.