Qu'il est bon de jouer les méchants...
Comme La Forêt des frères Grimm, Villainous fait débat dans la communauté des joueurs. Si tous s’accordent sur sa réussite esthétique, la clarté et l’élégance de ses règles, on ne peut en effet s’empêcher de noter un contraste entre son ambition d’une relative technicité (abordable, mais inattendue de la part d’un jeu estampillé Disney) et le hasard très important lié au tirage des cartes, d’autant plus dommageable que lesdites cartes sont généralement liées directement aux conditions de victoire.
Contrairement à La Forêt des frères Grimm, Villainous est cependant très convaincant à deux, où il trouve probablement sa meilleure configuration. Une fois les principes généraux compris, les tours y sont en effet très fluides, s’enchaînent rapidement, et chaque joueur peut constamment prendre en compte la progression de son unique adversaire, quitte à se venger de chaque fatalité par une nouvelle fatalité. À plus, les parties sont plus longues, moins contrôlables, moins visibles, et surtout le risque plane que les joueurs se liguent temporairement contre un adversaire plus avancé, provoquant des frustrations voire la sensation que l’on n’en verra jamais le bout.
Il n’est pas nécessairement « mauvais » dans ces configurations, simplement elles mettent en exergue l’injustice inhérente au tirage des cartes, là où à deux on accepte plus facilement le manque de chance parce qu’on a tout de même l’impression de toujours pouvoir faire quelque chose, qu’il renforce simplement l’asymétrie naturelle du jeu, constitutive de son charme. Il me semble (mais c’est tout à fait subjectif) que Villainous est trop bien huilé pour qu’il soit intéressant de le faire virer au pur jeu d’ambiance chaotique.
À deux, chacun sera pleinement immergé dans son personnage et son Royaume, et trouvera une certaine jouissance à favoriser les héros dans le film adverse. On s’y sent maléfique comme Jafar ou Ursula sont maléfiques, investi par son univers et capable de mettre toutes ses ressources au service de son objectif égoïste.
Et on n’aura qu’une envie, après une éventuelle vengeance en échangeant les personnages, celle de se replonger dans le dessin animé d’où est tiré le méchant que l’on vient de jouer, qu’on le connaisse par cœur ou pas du tout, ce qui est tout de même une preuve flagrante de la réussite du jeu !
L'intégralité de la présentation du jeu est lisible sur le site VonGuru :