Un jeu de bonne pointure
Dommage pour les daltoniens, le jeu est injouable en l'état. Il faut donc marquer les bateaux, les bâtiments, une partie des cartons flotte... Nous avons opté pour un trait de marqueur vert très sombre sur les verts, un coup de tipex blanc sur les marrons.
Ce moment de frustration et de travaux manuel passé, on peut jouer. Et là, c'est le bonheur. Enfin, le bonheur pas tout de suite encore car vous risquez, surtout au début, de bonnes crises "d'analysis paralysis" devant le champ de possibilités qui s'offre à vous.
On peut lire ou entendre qu'il s'agit là d'un "jeu à l'allemande". Je me méfie de plus en plus de ce vocable. Je trouve que cette école de création ludique nous propose de plus en plus des jeux lourdingues, avec empilement de mécanismes recyclés. Même les tttv m'endorment, et ce n'est pas faute des présentateurs ! Une fois la partie de découverte jouée, je n'ai que rarement envie d'y revenir.
Rien de tout cela dans Yamataï.
Les règles sont simples, elles s'enchaînent logiquement, sans cas particulier tordus. C'est fluide, élégant.
Le jeu lui est riche de possibilités, opportuniste avec un poil de stratégie (surtout à deux) : en fonction de vos spécialistes, les bons coups ne seront pas toujours les mêmes.
J'ai, à chaque partie, passé un excellent moment.
Chaque partie jusqu'à présent (7 ou 8) m'a permis de découvrir d'autres possibilités.
De loin, on pourrait penser à Fives Tribes. Mais non, ce n'est pas pareil, pas les mêmes raisonnements. Ce sont deux approches différentes de mécanismes topologiques.
Le travail d'édition, à l'exception du choix des couleurs pour les daltoniens, est excellent. Le matériel est beau, commode, le graphiste Jeremie Fleury est talentueux.
On reconnais la patte de Bruno Cathala, sa modestie va peut être en souffrir, cet auteur a un style. Il justifie à lui seul qu'on parle d'auteur de jeu. Comme me disait je ne sais plus quel prof de littérature : "il ne faut pas qu'on sente le travail". On ne le sent pas, il y a des jeux que l'on sent "laborieux", que ce soit dans les ajustements de mécaniques, dans la rédaction de la règle, dans l'édition. Et bien je ne ressens pas ça dans les jeux de Bruno. C'est fluide et élégant.
Je ne doute pas de l'apport de Marc Pasquier, pour un premier jeu, il a placé la barre très haut !