Un souk bien ordonné
Depuis la parution de Caylus il y a deux ans, chaque nouvelle sortie d'Ystari est un petit événement ludique en France. L'année dernière, le troisième jeu de la gamme, Mykerinos, m'avait un peu déçu. Trop peu ambitieux, le jeu de Nicolas Oury, même s'il contenait de bonnes idées, n'était pas assez riche et profond pour susciter l'enthousiasme. Yspahan rencontre le même problème.
Se pose de prime abord la question du hasard engendré par les dés. Il faudrait vraiment être de mauvaise foi pour affirmer qu'ils déséquilibrent complètement le jeu en donnant aléatoirement la victoire à un joueur plutôt qu'à un autre, et ce quels qu'aient pu être les choix de l'un ou de l'autre au cours de la partie. Non. Le contraire aurait été étonnant pour un jeu édité chez Ystari.
Par contre, il ne faut pas tomber dans l'excès inverse. Oui, les dés ont bel et bien une influence sur le déroulement et l'issue d'une partie. Yspahan est moins un jeu de stratégie qu'un jeu tactique où il faut faire au mieux avec ce que les dés nous donnent et ce que nos adversaires nous laissent. Et parfois – souvent ? – on a la sensation que même en faisant au mieux avec les dés à notre disposition, il n'est pas possible de l'emporter.
C'est là le côté « familial » ou « grand public » de la création de Sébastien Pauchon. Même si la chance ne fait pas tout – loin de là – elle peut donner le coup de pousse nécessaire à un joueur un peu en dessous pour l'emporter. C'est à la fois la qualité du jeu, et sa limite. De ce point de vue, même s'il est légèrement plus technique, Yspahan se rapproche du remarquable Jenseits von Theben de Peter Prinz. Mais, du point de vue des mécanismes, parfaitement pesés, avec son intendant et ses différents niveaux de jeu (les souks, la caravane, les bâtiments), il évoque d'avantage Caylus. Cependant, beaucoup plus – trop ? – léger, Yspahan est bien loin du chef d'oeuvre de William Attia.