La subtile saveur orientale
Zhanguo est un jeu sorti pour Essen 2014 retraçant l’unification de la Chine au 3ème siècle avant JC. Chaque joueur va s’employer à unifier 5 provinces pour le compte de l’empereur Qin à travers 3 axes : l’écriture, la monnaie et les lois. L’illustration du plateau de jeu, signée Mariano Iannelli, est tout simplement magnifique et garantit une bonne immersion à elle seule. La signalétique est soignée, comme de coutume chez l’éditeur What’s your game.
Passé cette description rapide, qu’est ce qui marque dans Zhanguo ? Zhanguo est principalement un jeu de placement et de gestion de cartes. Mais là où un jeu de deck classique va combiner les cartes entre elles pour produire ou scorer davantage, la marque dans Zhanguo est autant déterminée par les cartes que par le choix et le tempo des actions , ainsi que les placements sur le plateau. Pour schématiser, vous aurez 5 manches et 30 coups au total pour construire votre domaine et choisir ensuite de vous « placer » dans les (nombreuses) échelles de score qui le valoriseront le mieux.
Une manche de jeu consiste :
Pour chacun des joueurs à tirer 6 cartes en début de tour (2 du paquet écriture, 2 du paquet monnaie, 2 du paquet lois)
Ensuite, chacun va jouer une carte à tour de rôle soit dans une région de son domaine (et gagner un certain nombre de marqueurs), soit sur le plateau central et sous certaines conditions bénéficier de l’activation de certaines cartes ajoutées préalablement dans le domaine (Effet boule de neige pour récupérer des bonus)
A l’issue d’une manche, c’est-à-dire quand chacun aura joué ses 6 cartes, on procèdera à la phase des récompenses d’unification où chaque joueur majoritaire dans l’un des axes de développement (écriture, monnaie, lois pour rappel) se voit proposer un bonus qu’il peut accepter ou refuser. S’il accepte, il devra remettre à la réserve tous les marqueurs de l’axe concerné contre obtention de la récompense ; sinon, on passe au 2ème joueur ayant réuni le plus du même type de marqueur qui se verra proposer la même alternative et ainsi de suite. Il se peut que personne ne prenne la récompense et conserve ses marqueurs pour un tour ultérieur et une meilleure récompense.
La grande force de Zhanguo est de proposer un gameplay finalement assez simple par rapport à la profondeur induite dans le choix des actions. Il y a pléthore de bonus à convoiter, à commencer par les récompenses de fin de tour, et bien sûr celles des tâches de l’Empereur en fin de partie. Les palais rapportent beaucoup comparativement aux autres actions.
Les points négatifs : pas de VF disponible , une interaction finalement assez limitée \[il n’y a ni blocage ni conquête ni enchère], peu de visibilité en cours de partie sur le résultat final même si environ 50% des PV sont marqués avant le décompte final ; une certaine linéarité dans la logique de développement : ajouter des cartes à son domaine, puis des officiels \[qui permettent de recruter] des ouvriers, puis des gouverneurs \[pour s’affranchir des restrictions imposées par les troubles à niveau élevé], et enfin participer à la construction des murailles offrant les meilleurs bonus \[par rapport aux cartes qu’on aura ajoutées préalablement à son domaine]. En dernier lieu, on s’attachera à édifier les palais \[qui rapportent gros lorsqu’on a placé un maximum de cartes dans son domaine]
En conclusion, le jeu est de très bonne facture, fluide, se renouvelle bien et met à l’épreuve notre sens de l’adaptabilité. De là à dire qu’il s’agit du jeu du siècle comme certaines critiques nous le présentent, je ne suis pas tout à fait d’accord. C’est de mon point de vue un peu trop calme et surfait (comprendre abstrait, je pense notamment au système des « officiels ») pour que je le considère comme la merveille ludique ultime ; néanmoins, il s’en rapproche car certaines idées sont novatrices et le jeu dégage un sentiment de subtilité/addiction lorsqu'on le pratique assidûment. 9/10