Régents : avant que le cor ne m'use, laissez-moi vous le dire tout net...
Que ce soient les contes de notre jeunesse ou les livres lus par la suite, les films, les histoires, l'imaginaire collectif ou que sais-je encore, en tout cela est évoquée l'idée de quelque chose plus "grand" que soi, et cette idée nous a quelque peu imprégné de son existence, nous amenant à une quête digne de l'Atalante fugitive. A un moment ou à un autre donc, on a tous rêvé du grand Amour, le coup de foudre, la flèche de Cupidon, le filtre d'amour, la passion au premier regard... enfin vous voyez de quoi je veux parler.
Et bien, pour résumer, je peux dire que c'est ce que Régents a provoqué chez moi. Et pourtant, et pourtant...
Dès ma première partie, ça a provoqué un chamboulement dans mon petit coeur. Et, même maintenant il reste et demeure, je vous le dis, vraiment excellent de très très bon. Love at first sight, oui mais après notre première conversation en terrasse si on peut dire (coeur qui bat, mains qui moitent, langue qui sèche)...
Outre son très beau matériel et la thématique original - et très bien servie par le jeu à mon sens - il y a tellement à dire...
C'est un jeu aux règles limpides, simples, et pourtant extrêmement profondes en possibilités : tout se base sur un système de majorité pour "dominer" une salle, donc une fonction : intendance, religion, guerre, etc qui donnera des points dans l'échelle correspondante (avec un système de multiplicateur de points pour les salles adjacentes qui est un véritable pousse-au-crime en matière de torturage de méninges pour avoir le "coup parfait" sur chaque phase de jeu). Le petit plus c'est qu'on ne peut passer certains paliers de points sans avoir grimpé dans toutes les échelles, au moins un peu... donc cela implique des déplacements, donc du temps perdu donc des "points perdus" sur les opposants...
Le système des cartes qui donnent des capacités tout en révélant - petit à petit et par recoupement - qui on n'est pas, cela couplé avec un jeu d'enquête pour découvrir qui est qui (les bonus correspondants au fait de confondre qq'un sont vraiment intéressants) est bienvenu et ajoute une petite tension sur l'utilisation des comp / la révélation de son clan.
Et le joker : le Roi Edward qui, par sa présence, empêche le calcul des majorités, une épine donc qu'on va s'ôter du pied tout en "s'amusant" à la mettre dans les pattes des autres. Un petit désagrément qui veut dire "Je t'aime (mais j'aimerai autant que tu fasses moins de points ce tour-ci)."
LE seul détail qui peut paraître négatif mais qui a sa solution : le temps de tour de chaque joueur. Je dis qu'il faut faire son tour de jeu en temps de sabliers, un sablier de 3 minutes (éventuellement 2 sabliers) pour jouer son tour mais pas plus parce que justement, les possibilités sont parfois tellement nombreuses que le tour de jeu s'allonge (ce qui n'a pas plu à la moitié de notre table, qui a préféré faire un 7 Wonders, très bon jeu aussi ceci dit) et comme on doit parfois, sur un misérable coup de votre fourbe "adversaire" précédent totalement revoir sa stratégie, on peut y passer un certain temps et un temps certain. Si vous parez à ça, vous avez entre les mains un jeu du bois dont on fait les plus beaux pions/cubes/meeples...
Un bijou.
Edit : orth. principalement.