Je pense que tu penses qu'il pense...
Un jeu qui reçoit le TricTrac d’Or (2003) attire forcément l’attention. La preuve : ce n’est pas en regardant cette boîte au look très austère que je me serais décidé à l’acheter. J’ai donc fait confiance au jury…
Dans les circonstances, je dois dire que je m’attendais à mieux. Non pas que le jeu est mauvais, je le trouve même agréable. Mais il se trouve que la part de chance est très grande dans le choix de la carte Action. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le jeu, je résume rapidement…
Les joueurs ont le choix d’effectuer 1 des 3 actions suivantes : prendre soit des pierres précieuses, de l’argent ou une carte événement. Une fois que tout le monde a secrètement fait son choix, on révèle simultanément les actions choisies par chaque joueur. Si un seul joueur a choisi une action, il la réalise. Si deux joueurs ont choisi la même action, ils doivent négocier des pierres précieuses afin de déterminer lequel des deux aura le droit de réaliser l’action. Si trois joueurs ou plus ont fait le même choix, c’est tant pis car ils devront passer leur tour et aucun d’eux ne pourra réaliser l’action choisie.
Donc, l’idéal c’est d’être seul à choisir une action. Mais sur quoi se base-t-on pour espérer d’être seul sur une action? Je me pose constamment la question et j’arrive toujours à la même réponse : pas grand chose. À vrai dire ça repose essentiellement sur le hasard (certaines personnes allergiques au mot « hasard » préfèrent ici parler de « psychologie »), car on finit par se perdre dans des raisonnements du genre « je pense qu’il pense que l’autre pense choisir ça, mais s’il pense que je pense ça, alors je devrai penser autrement pour ne pas qu’il pense à ce que je pense, à condition que j’aie pensé correctement à ce qu’il pense». Bref, c’est tellement tordu et hasardeux que même le bluff ne fonctionne pas…
Pour ce qui est des négociations (lorsque deux joueurs ont choisi la même action), je dois dire que c’est très bien fichu! C’est original, tendu, subtil et c’est même méchant, surtout lorsqu’on fait une offre, sourire en coin, sachant très bien que l’autre ne pourra faire mieux à moins de se pénaliser lui-même (perte de majorités dans une ou plusieurs couleurs). Cependant, je trouve que la phase de négociations n’est pas très déterminante car le vainqueur est trop souvent celui qui a eu la chance, plus souvent qu’à son tour, d’être seul à choisir une action.
Avec tout ce que j’ai écrit plus haut, ça laisse croire que je n’aime pas Edel, Stein & Reich. Ce n’est pas le cas, car je trouve le jeu agréable. J’hésite entre lui donner 3 ou 4. En attendant, je lui donne tout de même un 4 (un petit 4 quand même!), en supposant que c’est plutôt moi qui manque de « psychologie » lors du choix d’une action…