Un Ystari surprise !
Un Ystari surprise ! Mais en est-ce vraiment une ? Oui parce que je n'attendais rien de ce jeu dont le thème ne me parlait pas vraiment. Non parce que c'est un jeu Ystari, éditeur de nombreux jeux de très grandes qualités ! C'est finalement ce dernier critère qui m'a fait sauté le pas. Et j'ai été plutôt heureux de ce côté là : le jeu est excellent !
La lecture des règles est simple (la TT TV est bonne si la lecture n'est pas votre tasse de thé).C'est un jeu de gestion parfait pour débuter dans le domaine. Toutes les actions, à quelques exceptions, sont intuitives et respectent la logique thématique.
Dans la continuité de ce que fait Ystari depuis quelques temps il se trouve que Shakespeare est aussi beau que bon. On sent que le secteur change, que pour se démarquer il ne suffit plus d'avoir une bonne mécanique. Une réponse de haute volée par cet éditeur à qui on a fait de nombreuses critiques négatives sur leurs premiers jeux. Une bonne majorité des actions sont logiques (gardez tout de même à l'esprit que Shakespeare est un jeu de gestion ! Le thème est très fort pour cette catégorie là, et seulement cette catégorie là.). D'ailleurs l'une des dernières pages des règles vous donne des précisions sur le pourquoi du comment (Exemple: On vous explique la raison pour laquelle vous recevez des points de prestige plutôt que de l'argent à ce moment-là de la partie). Bref, Shakespeare est dans la lignée de Myrmes ou Starfighter !
Mais que serait un thème sans de bonnes illustrations ? Le travail du duo Neriac/Arnaud Demaegd est génial ! Je pense notamment au personnage Lear qui est fabuleux ! Bravo !
Le matériel est plutôt bon malgré quelques défauts : la lisibilité de la piste de score est moyenne (on ne sait pas toujours comment avancer ou reculer). Les décors/costumes ne sont que des ronds/carrés colorés. Mais comment faire autrement ? L'illustration du personnage doit primer pour les costumes. Comment faire quelque chose de cohérent pour les décors ? Impossible ! Citons également un petit problème de couleur où rouge et jaune se confondent. Enfin, le thermoformage est un peu fragile et pas très pratique (je vais remplacer ça par ces bons vieux sachets !). Le reste du matériel ne pose pas de problème.
Enfin, et si on parlait du jeu ? Du travail de monsieur Rigal ? Parce qu'il nous a pondu là un vrai bon jeu ! Une mécanique, qui bien que pas très novatrice, tourne merveilleusement bien. Le jeu se résume à une multitude de choix cornéliens et de frustrations. Combien miser (ce qui correspond au nombre d'actions que nous allons réaliser lors du prochain tour) ? Dans quel ordre faire nos actions (au risque de laisser la place à nos adversaires) ? Qui mettre au repos (et par conséquent sacrifier pour le tour suivant ) ? Quand et comment payer notre troupe ? Nos choix sont importants car ils peuvent donner des points de victoire à nos adversaires. Ces derniers peuvent profiter de nos choix pour nous en faire perdre. On a tout intérêt à agir aussi en fonction d'eux. Leur laisser tout ce qu'ils convoitent peut être dangereux. Tout est important car la victoire se joue entre 15 et 30 points de victoire (sachant que l'on commence à 5 PV car on peut en perdre). Le détail les amis, le détail !
Autre point de jeu intéressant qui n'est certes pas nouveau mais plaisant : les objectifs secrets. Après quelques parties (et donc avec un peu d'expérience) il est tout à fait envisageable de deviner ce que font nos amis pour tenter de les faire échouer dans leur(s) quête(s).
On trouve la patte Ystari dans de nombreux domaines, notamment dans l'ordre des phases. En effet, généralement la phase de "maintenance" se trouve en fin de tour alors qu'ici elle est avant la phase de repos. Si vous n'avez jamais joué au jeu il est évident que vous ne pouvez pas comprendre l'effet de ce choix mais sachez que cet ordre permet de ne rien laisser au hasard ! Bravo pour ça !
La simplicité du jeu, la rapidité de ses parties, cette frustration que peuvent laisser nos choix et nos erreurs font qu'à la fin d'une partie nous avons qu'une seule envie : en recommencer une autre ! Je multiplie les parties et je n'ai pour le moment aucune lassitude. Toutes les configurations sont très biens ! Il existe également une variante solo à laquelle j'ai joué (preuve que le jeu me manquait) et elle est plutôt sympa même si jouer seul me déplaît un peu. Mais sachez qu'il est tout à fait possible de le faire. C'est très bien fait !
Je ne trouve au jeu presque aucun défaut si ce n'est quelques détails de matériel dont j'ai déjà parlé, la préparation des deux sacs que je trouve un peu pénible et la piste d'initiative un peu laborieuse lorsqu'on débute (mais comme d'habitude il est difficile de s'en passer. C'est un aspect essentiel du jeu).
Hervé Rigal à du talent, difficile de ne pas le voir. Bravo à lui et surtout merci !
Bon, finalement est-ce vraiment une surprise ? Définitivement NON ! Ystari ne cesse de s'améliorer dans de nombreux domaines, Cyril et Thomas forment une équipe de tonnerre.
Shakespeare, l'un de mes coups de coeur 2015.